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Malgré quatre mois de protestations ouvrières - Hollande et Valls imposent la loi antisyndicale El Khomri

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Le Bolchévik nº 217 Septembre 2016
Malgré quatre mois de protestations ouvrières
Hollande et Valls imposent la loi antisyndicale El Khomri
Pour des syndicats industriels ! Pour un parti ouvrier révolutionnaire !
Après quatre mois de lutte, le gouvernement Hollande-Valls a fait passer au forceps la loi El Khomri en juillet dernier. C’est une grave défaite pour la classe ouvrière car le cœur du projet de loi, l’article 2 (devenu article 8 dans la version définitive du texte), stipule que des syndicats minoritaires peuvent dorénavant signer des accords d’entreprise plus défavorables aux travailleurs que les clauses des conventions collectives (accords de branche). Derrière la remise en cause du pouvoir de négociation des bureaucrates au niveau des branches, ce sont les syndicats eux-mêmes, les organes élémentaires de défense économique des travailleurs face aux patrons, qui viennent de subir une nouvelle attaque frontale, ce qui facilitera énormément les licenciements et les attaques contre les salaires et les conditions de travail.
La loi El Khomri parachève un processus entamé il y a plus de trente ans, sous un gouvernement PS-PCF, où les premières clauses ouvrant des possibilités de dérogation aux conventions collectives avaient été introduites (lois Auroux de 1982) ; une succession de nouvelles brèches ont ensuite été introduites avec les lois Aubry de 1998 (sous le gouvernement Jospin), et en 2008 avec la loi de Sarkozy sur la représentativité syndicale. Avec la nouvelle loi, les conventions collectives elles-mêmes se retrouvent pratiquement vidées de leur contenu.
Hollande a eu le cynisme de se référer aux acquis du Front populaire 80 ans plus tôt, quand le Front populaire avait au contraire institué les conventions collectives. A l’époque c’était une maigre concession faite au PCF et à la bureaucratie syndicale pour avoir étranglé la possibilité d’une révolution socialiste, mais aujourd’hui même cette petite mesure de protection des travailleurs, instituant un certain pouvoir de négociation pour les syndicats, se retrouve sur le billot. Cela souligne à quel point tout acquis de la classe ouvrière est éminemment réversible sous le capitalisme. En dernier ressort, cela montre la nécessité de renverser ce système capitaliste tout entier par une révolution ouvrière.
Contrairement à toutes les attaques qu’a subies la classe ouvrière sous ce gouvernement Hollande pendant quatre ans, il y a eu cette fois-ci une lutte, dirigée essentiellement par la direction de la CGT et de FO (et de SUD). Ces bureaucrates n’étaient pas seulement motivés par l’attaque en règle contre les syndicats (et donc contre leurs sinécures) que représentait la loi. Ils étaient aussi poussés par une partie de leur base, excédée par quatre ans d’attaques sous Hollande – lui-même devenu le président le plus impopulaire de la Cinquième République. Il est d’autant plus crucial de comprendre pourquoi les bureaucrates avaient pu tenir en bride la classe ouvrière pendant si longtemps, et pourquoi les capitalistes et leur gouvernement ont fini par l’emporter dans cette bataille, malgré les grèves et manifestations.
L’horizon de Berger : le capitalisme français – et celui de Martinez aussi
Les réformistes ont leur dose de responsabilité dans les attaques qui pleuvent depuis plus de quatre ans : ce sont eux qui avaient appelé il y a quatre ans la classe ouvrière à battre la droite pour mettre à la place un soi-disant gouvernement « de gauche ». Y compris Bernard Thibault, alors chef de la CGT, avait ouvertement appelé à voter pour Hollande en 2012, alors que Mélenchon, le PCF et le NPA appelaient à « battre » ou à « dégager » Sarkozy. Quant à Lutte ouvrière, ils font aujourd’hui comme s’ils avaient alors appelé à l’abstention, mais en réalité ils avaient insisté qu’il ne fallait surtout pas voter Sarkozy, et que pour le reste les électeurs pouvaient faire ce qu’ils voulaient – c’est-à-dire implicitement aussi voter Hollande si bon leur semblait (voir l’éditorial de Lutte Ouvrière du 23 avril 2012) !
Le fait que les dirigeants réformistes de la classe ouvrière aient ainsi considéré ce gouvernement comme le leur a considérablement paralysé les travailleurs pendant des années. La LTF avait été pratiquement la seule à insister qu’il n’y avait aucun choix pour les travailleurs dans ces élections.
Aujourd’hui il est facile d’accuser le jaune Berger, l’appareil syndical de la CFDT s’étant jeté à fond dans le soutien à la loi El Khomri, exhortant même le gouvernement à ne pas reculer face à la rue. Mais, même si au moins les bureaucrates de la CGT et de FO se sont opposés à cette loi, il ne faut pas pour autant en déduire qu’ils seraient qualitativement différents de leurs congénères de la CFDT. D’ailleurs, sur le terrain, ils signent pratiquement autant d’accords d’entreprise que FO ou la CFDT. Pendant des années, la direction de la CGT a prôné l’« unité d’action » avec les bureaucrates de la CFDT, unité qui s’est notamment traduite par un accord réalisé par ces deux appareils en 2008 avec Sarkozy pour une loi réformant la représentativité syndicale.
De la loi Sarkozy de 2008 à la loi El Khomri
Pour ces bureaucrates, l’idée avec la loi Sarkozy était d’éliminer ce qu’ils considéraient comme les syndicats parasites (FO, SUD, UNSA…) en faisant en gros qu’à l’avenir seuls les syndicats réunissant un certain pourcentage de voix aux élections au comité d’entreprise seraient reconnus comme des interlocuteurs syndicaux par les patrons. Auparavant, depuis les années 1960, seuls étaient automatiquement considérés comme représentatifs cinq fédérations syndicales dont l’attitude pendant l’Occupation était jugée « patriotique », ce qui permettait à de petits syndicats fantomatiques, parfois créés de toutes pièces par le patron (comme par exemple certaines sections d’entreprise FO ou CFTC), de signer des accords dits représentatifs.
Sarkozy et les bureaucrates CGT-CFDT ne voulaient au contraire des accords qu’avec des appareils ayant une réelle autorité (mesurée par des élections professionnelles) sur les travailleurs, ce qui garantirait mieux la paix sociale dans l’entreprise et donc les profits du capitalisme français. Les bureaucrates de la CGT-CFDT se voyaient accorder en contrepartie un droit de veto implicite sur ces accords : les syndicats obtenant au moins 50 % des voix aux élections pouvaient faire usage d’un « droit d’opposition ».
Mais la loi Sarkozy n’a pas rempli toutes ses promesses. D’une part, les syndicats devenus « non représentatifs » se sont du coup parfois mis à afficher davantage de combativité que la CGT dans les entreprises, dans le but de pouvoir se refaire aux élections suivantes. Pour le moment, aucune de ces fédérations n’a disparu. FO s’est ainsi opposée ce printemps à la négociation d’une convention collective pourrie à la SNCF.
Mais ce sont surtout les patrons qui ont été frustrés du résultat. La CGT et la CFDT notamment ont pu faire usage de leur « droit d’opposition » pour bloquer des accords minoritaires, par exemple sur le travail du dimanche dans les grands magasins suite à la loi Macron ou dans la métallurgie chez Smart sur la liquidation des 35 heures.
L’objet de la loi El Khomri est précisément de faire sauter ces inconvénients pour les patrons. Elle stipule que, même si des syndicats ayant une majorité aux élections professionnelles font opposition, les patrons peuvent alors soumettre l’accord à un référendum d’entreprise, où sont appelés à voter les non-syndiqués, les chefs, etc., et où les patrons peuvent exercer toutes les menaces pour obtenir le résultat escompté, comme cela s’est passé justement chez Smart avec un référendum consultatif (le plan patronal a été accepté par les salariés toutes catégories confondues alors qu’une nette majorité des ouvriers ont voté contre).
Comme nous l’avons souligné dans notre propagande, il s’agit là d’une machine de guerre contre les syndicats, permettant aux patrons de leur mettre la pression pour leur faire signer (ou tout au moins accepter) des accords même en-dessous des conventions collectives, sous peine de se faire désavouer par les salariés dans un référendum « démocratique », ce qui rendrait beaucoup plus difficile ensuite d’organiser une lutte gréviste pour s’y opposer. La liquidation des conventions collectives pousserait dans chaque branche de l’économie vers un constant alignement par le bas des salaires et des conditions de travail au niveau de l’entreprise où les syndicats sont les plus faibles ou inexistants.
Pour des syndicats industriels, avec une direction lutte de classe !
En s’acoquinant avec Sarkozy sur la question de la représentativité, les bureaucrates de la CFDT et de la CGT avaient ouvert une brèche dans laquelle le gouvernement capitaliste de Hollande-Valls s’engouffre maintenant. Les marxistes ont une approche fondamentalement différente de cette question. Nous sommes contre les « critères de représentativité », qu’ils soient le « patriotisme » derrière le général de Gaulle (et ses larbins du PCF) pour sortir le capitalisme français de l’ornière de sa collaboration avec les nazis pendant la guerre, qu’ils soient le « respect des valeurs républicaines » capitalistes, ou qu’ils soient des élections au comité d’entreprise organisées par les capitalistes. Les comités d’entreprise eux-mêmes avaient à l’origine été conçus sous Vichy (sous le nom de « comités sociaux d’établissement ») pour gérer les œuvres sociales du patronat, dans une optique de gestion paternaliste de la main-d’œuvre.
Pour nous, au contraire, ce n’est pas aux patrons de décider si tel syndicat est représentatif ou non et à hauteur de quel pourcentage. De même, nous sommes opposés au système où les bureaucrates désignent les candidats aux diverses élections professionnelles, candidats qui sont ensuite départagés par l’ensemble du personnel lors d’élections organisées par la « DRH » : ce doit être aux syndiqués, et à eux seulement, qu’il revient de choisir leurs représentants !
Nous sommes pour des syndicats industriels regroupant dans un seul syndicat l’ensemble des travailleurs d’une entreprise. Il faut syndiquer les non-syndiqués, y compris les intérimaires, les précaires et les sous-traitants ! Aujourd’hui les patrons cherchent à les utiliser pour casser les grèves, et ils peuvent toujours trouver une chapelle syndicale ou une autre pour casser la grève de ses concurrentes.
La division CFDT-CGT est en soi un obstacle à l’unité des travailleurs, et donc un atout pour les patrons ; mais on ne la résoudra pas dans l’intérêt des travailleurs en réconciliant les Berger et Martinez. Il faudrait les virer tous les deux en les remplaçant par une direction lutte de classe dans un seul syndicat unifié – une perspective intimement liée à la lutte pour un parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde et pour accroître l’influence de celui-ci dans la classe ouvrière, sans fétichiser l’unité syndicale. Comme l’écrivait Trotsky en 1929 (« Communisme et syndicalisme ») :
« En fait, l’avenir de la révolution ne dépend pas de la fusion des appareils syndicaux, mais du regroupement de la classe ouvrière sur des mots d’ordre, et par des formes de lutte révolutionnaires. Aujourd’hui, l’unité de la classe ouvrière ne passe que par le combat contre ceux qui prêchent la collaboration de classe, et ceux-là ne se rencontrent pas seulement dans les partis politiques, mais aussi dans les syndicats. »
« Qui paie les violons choisit la musique »
Dans ses écrits parus pendant la Première Guerre mondiale, qui servirent à préparer les cadres bolchéviques à la Révolution russe, Lénine expliquait les soubassements matériels de l’opportunisme de la bureaucratie syndicale dans la corruption d’une mince couche de travailleurs privilégiés par les capitalistes :
« La bourgeoisie d’une “grande” puissance impérialiste peut, économiquement, soudoyer les couches supérieures de “ses” ouvriers en sacrifiant à cette fin quelque cent ou deux cents millions de francs par an, car son surprofit s’élève probablement à près d’un milliard. Et la question de savoir comment cette petite aumône est partagée entre ouvriers-ministres, “ouvriers-députés” (rappelez-vous l’excellente analyse donnée de cette notion par Engels), ouvriers-membres des comités des industries de guerre, ouvriers-fonctionnaires, ouvriers organisés en associations étroitement corporatives, employés, etc., etc., c’est là une question secondaire. »
Cette corruption de la bureaucratie syndicale par la bourgeoisie atteint aujourd’hui en France des sommets. Il ne s’agit pas simplement de sinécures pour quelques-uns, comme le poste confortable de Bernard Thibault, ex-chef de la CGT, au Conseil d’administration du Bureau international du travail à Genève, ou comme le poste qu’avait eu son successeur, Thierry Lepaon, au Conseil économique, social et environnemental – où il avait concocté avec la droite en 2012 la réforme ferroviaire contre laquelle les cheminots se sont battus en 2014. Aujourd’hui, la plus grande partie des revenus des syndicats (jusqu’à 90 % selon certaines sources !) provient directement des largesses des patrons et de leur Etat. (C’est le cas également des partis politiques réformistes, non seulement du PS et du PCF, mais aussi de LO et du NPA qui, notamment jusqu’à leur faible score aux élections de 2012, profitaient abondamment du système de financement des partis politiques par le Ministère de l’Intérieur.)
Ce sont les patrons et leur Etat qui paient les permanents syndicaux. Dans les grandes entreprises, là où le prolétariat est le plus concentré, les chefs syndicaux passent plus de temps à discuter avec le patron de la gestion de l’entreprise qu’à défendre les travailleurs, comme l’a fait remarquer même Martinez ! Une conséquence particulièrement perverse de ce système, c’est que les bureaucrates ne voient guère d’intérêt à recruter des gens au syndicat. Pour eux, l’important c’est le score aux élections organisées par le patron : c’est de leur pourcentage aux élections que dépend leur représentativité, leur nombre d’heures de délégation et leur financement, même s’ils ne disposent que d’une section syndicale fantôme dans l’entreprise. Les cotisations syndicales ne représentent qu’une très petite partie des revenus des syndicats, ce qui évite aux bureaucrates d’avoir le moindre compte à rendre à leurs militants.
Cela les pousse à défendre tout au plus leurs électeurs potentiels, c’est-à-dire les salariés en fixe ; ils acceptent ainsi la division des travailleurs selon des statuts différents, un piège mortel pour une lutte de classe unie et pour les syndicats eux-mêmes. Combien de grèves voit-on où les bureaucrates dissuadent les intérimaires de s’y joindre en leur disant qu’ils risquent leur emploi, au lieu de mettre un solide piquet de grève bloquant l’entrée et de les recruter au syndicat ?
Tout cela crée une dépendance matérielle fondamentale des bureaucrates par rapport à leur employeur capitaliste, et cela détermine leur vision du monde : pour que les capitalistes aient quelques miettes à jeter aux dirigeants syndicaux, il faut tout d’abord garantir la profitabilité de l’entreprise. Comme nous le disions dans notre tract sur la loi El Khomri : « Les bureaucrates syndicaux ont pour seul horizon la gestion du capitalisme français, ce qui aujourd’hui plus que jamais veut dire la destruction progressive des acquis ouvriers. » Et cela vaut non seulement pour Berger mais aussi pour Martinez.
Les directions syndicales poussent l’abjection jusqu’à se faire concurrence pour recruter les flics, matons, douaniers, agents de la SUGE (police ferroviaire) et autres membres de corps spéciaux d’hommes en armes au service de la bourgeoisie. Ce ne sont pas des « travailleurs en uniforme », ce sont des agents directs de l’ennemi de classe capitaliste dévoués à la défense de l’ordre capitaliste grâce à leur monopole de la force violente. Ils s’en sont d’ailleurs donné à cœur joie pendant la mobilisation contre la loi El Khomri pour attaquer à coups de matraques, de grenades et de flash-ball les cortèges de grévistes et ensuite les poursuivre en justice. Ils n’ont rien à faire dans les syndicats !
Pour reconstruire des syndicats lutte de classe il faudrait rompre ces mille liens qui attachent les syndicats, au travers des bureaucrates, à la collaboration avec les patrons. Cela ferait peut-être moins de camionnettes sono disponibles pour les manifestations, et moins d’heures de délégation payées par l’employeur, mais cela rendrait les dirigeants syndicaux responsables devant leur base et permettrait de se battre pour une direction lutte de classe. Comme l’écrivait le révolutionnaire russe Léon Trotsky dans un texte inachevé sur les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste :
« En d’autres termes, à l’époque actuelle, les syndicats ne peuvent pas être de simples organes de la démocratie comme à l’époque du capitalisme libre-échangiste, et ils ne peuvent pas rester plus longtemps politiquement neutres, c’est-à-dire se limiter à la défense des intérêts quotidiens de la classe ouvrière. Ils ne peuvent pas être plus longtemps anarchistes, c’est-à-dire ignorer l’influence décisive de l’Etat sur la vie des peuples et des classes. « Ils ne peuvent pas être plus longtemps réformistes, parce que les conditions objectives ne permettent plus de réformes sérieuses et durables. Les syndicats de notre époque peuvent ou bien servir comme instruments secondaires du capitalisme impérialiste pour subordonner et discipliner les travailleurs et empêcher la révolution, ou bien au contraire devenir les instruments du mouvement révolutionnaire du prolétariat. »
Réformisme des bureaucrates contre programme révolutionnaire
Pour une fois ce printemps, les directions syndicales n’ont pas capitulé avant même le début d’une lutte. La mobilisation ouvrière à laquelle ils ont appelé a rassemblé jusqu’à un million et plus de travailleurs certains jours, et des grèves importantes ont bloqué ou sérieusement perturbé des pans cruciaux de l’économie, notamment dans les ports et le rail. La grève dans les raffineries est passée beaucoup moins loin de paralyser totalement le pays que ne l’a prétendu le gouvernement, qui a été contraint de puiser dans les « stocks stratégiques », c’est-à-dire prévus pour les cas de guerre (et de guerre de classes).
Il est de notoriété publique que l’aile dite « dure » du PCF (c’est-à-dire plus ou moins toujours stalinienne) est encore influente chez les dockers et dans la chimie. Ce sont des secteurs relativement petits où le taux d’organisation et d’unité syndicale est élevé dans le noyau de l’entreprise, ce qui a facilité la mobilisation. Mais dans ces secteurs pas plus qu’ailleurs, les bureaucrates n’ont mis en avant un programme qui soit susceptible d’élargir la mobilisation au niveau de la confrontation engagée par le gouvernement.
Le chauvinisme français ouvertement affiché par les staliniens était un obstacle à faire appel par exemple aux raffineurs et aux dockers belges, susceptibles d’être employés à casser la grève française, alors même que la classe ouvrière belge est en lutte contre sa propre « loi El Khomri », la loi Peeters.
Au moins ces militants de la CGT ont fait appel à la solidarité ouvrière au travers d’une caisse de grève – à laquelle le Comité de défense sociale, organisation de défense légale et sociale politiquement liée à la LTF, a contribué. (D’autres militants haut placés de la CGT se sont de leur côté opposés à une caisse de grève, dénonçant le danger d’une « grève par procuration » où les secteurs les plus combatifs auraient selon eux les moyens financiers de poursuivre longtemps la grève dans l’apathie générale.)
Mais, dans les ports et dans les raffineries, comme dans de nombreux secteurs, le noyau des travailleurs en CDI est entouré d’une énorme couche de travailleurs sous des statuts précaires divers, sous-payés et soumis à des conditions de travail plus dures et dangereuses : stagiaires, intérimaires, sous-traitants, travailleurs détachés, où les travailleurs issus de l’immigration ou des minorités sont très nombreux.
Pour élargir la mobilisation au-delà des quelques bastions syndicaux qui restent, il aurait fallu des mots d’ordre tournés directement vers ces travailleurs. Il aurait fallu exiger la liquidation immédiate de tous les statuts au rabais et l’embauche de tous les travailleurs concernés, y compris les travailleurs détachés d’Europe de l’Est et les sans-papiers, au meilleur statut égal pour tous. Cela implique de poser ouvertement la nécessité de la lutte pour les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici.
Cela implique de s’opposer ouvertement à la « guerre contre le terrorisme » et autres mesures racistes du gouvernement qui minent l’unité entre ouvriers non musulmans et musulmans – alors que PCF, LO, NPA et bureaucrates syndicaux s’étaient joints sous une forme ou une autre à la campagne raciste « Je suis Charlie » de Hollande. Nous dénonçons la scandaleuse abstention en juin des sénateurs PCF sur un « amendement Baby Loup » à la loi El Khomri (soumis par la droite) visant à faciliter le licenciement des femmes voilées, voire des hommes barbus, dans les entreprises.
En fait la réceptivité parmi les grévistes et les manifestants à nos mots d’ordre contre la « guerre contre le terrorisme » (et aussi contre l’Union européenne, ennemie des travailleurs et des immigrés) montrait l’ouverture qu’aurait eue une direction lutte de classe pour avancer un programme politique plus large. Beaucoup voyaient comment le gouvernement cherchait à étendre la « guerre contre le terrorisme » en faisant subir aux travailleurs en lutte le traitement d’ordinaire réservé aux jeunes des quartiers.
Pour mobiliser les jeunes des quartiers populaires, largement absents des grandes manifestations du printemps, il aurait fallu aussi avancer des mots d’ordre contre le chômage de masse qui frappe toute une génération : Pour le partage du travail entre toutes les mains, sans perte de salaire ! A bas la discrimination raciste dans l’orientation scolaire, l’embauche, l’attribution des HLM, etc. ! Le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes des banlieues !
La CGT demande, certes, les 32 heures pour tous, mais elle n’a à aucun moment cherché à se battre sérieusement pour, parce qu’elle accepte que le capitalisme français en crise n’aurait pas les moyens de les accorder. Le problème fondamental n’était pas simplement un manque de combativité des bureaucrates, mais c’est la vision réformiste d’une bureaucratie syndicale complètement embourbée dans la collaboration de classes. Face à la détermination du gouvernement de faire mordre la poussière à la classe ouvrière, il aurait fallu un programme à la hauteur des enjeux de la confrontation de classes : un programme ouvrant la perspective d’une révolution socialiste.
Pour avancer une telle perspective il faut une toute autre direction qu’un Martinez à la tête de la CGT : il faut lutter non seulement pour une direction lutte de classe dans les syndicats, mais aussi pour construire un parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde. Cela exige de démasquer les organisations qui représentent politiquement la bureaucratie syndicale réformiste, que ce soient le PCF, les groupes lambertistes (POI et POID), Lutte ouvrière, le NPA ou autre. Le parti révolutionnaire doit être le dépositaire de l’expérience chèrement acquise du mouvement ouvrier, et à ce titre il doit dire l’amère vérité sur ses opposants qui n’ont que trop mené les travailleurs à la défaite, et qui de ce fait s’empressent à chaque fois de simplement tourner la page pour occulter les leçons qui les incriminent.
Lutte ouvrière en particulier, dont certains dirigeants ont progressé dans l’appareil de la CGT (Jean-Pierre Mercier est délégué syndical central adjoint pour tout le groupe Peugeot-Citroën), a donné un satisfecit plein et entier à Martinez pour son action au printemps. Elle a déclaré dans un article paru dans Lutte de classe (juillet-août) qu’ « en dehors du problème de la SNCF que la fédération CGT présentait initialement comme un cas particulier, la direction de la CGT a eu une tactique adaptée au mouvement ».
Dans le meilleur des cas, les sociaux-démocrates « de gauche » du NPA (lui-même divisé en une demi-douzaine de factions à couteaux tirés – sauf sur l’essentiel) ont reproché à la CGT son manque de combativité et son refus d’appeler à la grève générale ou de mieux coordonner les départs de grève dans les différents secteurs. En limitant leurs critiques à des questions de tactique syndicale (comment mener la grève), ces sociaux-démocrates fournissent aux bureaucrates des échappatoires pour dissimuler leur propre trahison. Martinez avait ainsi beau jeu de rétorquer qu’il n’a pas les moyens d’appeler à une telle grève générale, vu la faiblesse des syndicats (résultat de tant de trahisons passées des bureaucrates), et vu que l’appareil de la CGT lui-même comporte une forte minorité nostalgique du « syndicalisme rassemblé » avec la CFDT de Chérèque.
Cheminots : la direction de la CGT entérine la défaite de la grève de 2014
Dans bien des secteurs, les bureaucrates ont souvent eu tendance à ramener chaque secteur en lutte vers des revendications sectorielles entièrement spécifiques. Ce genre de stratégie perdante découlait en partie du calcul, conscient ou non, qu’à défaut de pouvoir stopper la loi El Khomri il fallait au moins chercher à obtenir des contreparties dans chaque secteur en lutte pris isolément : le gouvernement était prêt, lorsque le mouvement gréviste montait, à quelques concessions, largement cosmétiques, notamment en direction des routiers, des fonctionnaires et des enseignants (sa principale base électorale).
L’exemple le plus grotesque (et non l’exception, comme l’a affirmé LO) était représenté par la CGT-cheminots dirigée par Gilbert Garrel. Depuis la grève de 1986, ce sont les cheminots qui ont été à la pointe des grandes batailles de ces dernières décennies, et c’est leur lutte qui a souvent décidé de la victoire ou non de tous, notamment en Décembre 95. Mais cette fois-ci la direction de la CGT-cheminots a freiné des quatre fers, dans le but avoué de caler la lutte sur le calendrier des négociations sur la nouvelle convention collective des cheminots et sur l’accord d’entreprise à la SNCF (elle n’a finalement appelé à la grève reconductible qu’à partir du 31 mai au soir, et sous une énorme pression de sa base).
La question de ces accords était au cœur de la lutte de 2014 (voir notre article dans le Bolchévik n° 209, septembre 2014). Il s’agissait, au nom des « directives de Bruxelles » sur la privatisation du rail, de faire sauter le statut des cheminots (le « RH0077 »), et de le remplacer par une convention collective valable aussi pour les entreprises ferroviaires concurrentes (Veolia, Deutsche Bahn, etc.) et par un accord d’entreprise SNCF.
La direction de la CGT-rail, en revendiquant cette année une « convention collective de haut niveau », entérinait de fait la défaite de 2014 et, autant que nous ayons pu le voir dans les assemblées générales auxquelles nos camarades et sympathisants ont pu participer, aucune fraction « de gauche » de la bureaucratie, qu’elle soit d’obédience stalinienne, lambertiste ou autre (NPA, LO, etc.), n’a pipé le moindre mot là-dessus. Ni non plus SUD.
Seule la direction de FO, guère connue pour son radicalisme dans le passé, se distinguait en exigeant le maintien pur et simple du RH0077, sans doute parce qu’elle a perdu sa « représentativité » et les sinécures allant avec lors des dernières élections professionnelles, et qu’elle cherchait du coup à gauchir sa ligne pour se refaire aux prochaines élections.
L’ironie de l’histoire, c’est que la CGT, en ramenant la lutte des cheminots à la question de la convention collective, placée au-dessus de la question de la lutte d’ensemble contre la loi El Khomri, a accepté que le rail passe dans le « lit de Procuste » du droit du travail et de ses conventions collectives, et donc de la loi El Khomri. En supplément, l’accord d’entreprise SNCF stipule explicitement, à toutes fins utiles, que des dérogations à cet accord (au détriment des cheminots) pourraient se voir imposées localement selon le rapport de force avec les syndicats : une « clause El Khomri » ferroviaire. Et la CGT a finalement renoncé à exercer son « droit d’opposition ».
Quelle perspective ?
Traditionnellement, sous la Cinquième République, c’est sous la droite que se produisaient les mobilisations les plus puissantes de la classe ouvrière, conduisant parfois à des reculs de la bourgeoisie, comme après Mai 68 notamment. Les réformistes canalisaient alors la mobilisation vers une perspective électorale dans le cadre d’une alliance entre les partis ouvriers réformistes (PS, PCF) et des formations bourgeoises de gauche plus ou moins squelettiques (Radicaux de gauche, chevènementistes, Verts,…) mais qui servaient de caution que le gouvernement ne sortirait pas du cadre d’une gestion fidèle du capitalisme.
Ces groupes bourgeois de gauche servaient aussi d’alibi aux réformistes qui pouvaient expliquer que, même si eux-mêmes étaient soi-disant enclins à plus de radicalité, ils étaient tenus de se limiter à ce qui pouvait être acceptable aux représentants déclarés de la bourgeoisie dans l’alliance. Ces alliances de collaboration de classes, toujours et inévitablement sur un programme bourgeois, nous les dénonçons sous le terme générique de « fronts populaires », et nous nous y opposons par principe. C’est pourquoi, contrairement aux lambertistes, LCNPA, LO, etc., nous avons toujours refusé de voter pour les Mitterrand, Jospin, Royal ou Hollande.
Cette fois-ci, nous ne sommes pas en mesure de prévoir concrètement comment les réformistes vont chercher à mettre sur pied une nouvelle alternative de front populaire pour canaliser la colère qui n’a cessé de croître contre le gouvernement, alors que la campagne électorale de 2017 a déjà commencé. Manuel Valls est déterminé à détruire le Parti socialiste comme parti ouvrier, à l’image de son mentor Tony Blair en Angleterre. L’imposition de la loi El Khomri à la CGT et à FO (dont le chef Jean-Claude Mailly est pourtant officiellement encarté au PS) en est à la fois la preuve et un moyen pour arriver à cette fin. Seule la direction du PCF semble encore entretenir l’espoir que quelque « frondeur » du PS pourrait surgir en offrant une perspective acceptable pour les travailleurs d’ici les élections de l’année prochaine.
De son côté, Jean-Luc Mélenchon approfondit sa rupture avec le mouvement ouvrier en espérant surfer sur la vague du populisme bourgeois qui a porté Syriza au pouvoir en Grèce et abouti à l’émergence de Podemos en Espagne. Sa dernière saillie xénophobe contre les travailleurs d’Europe de l’Est qui « volent le pain » des travailleurs français ne fait que mettre encore plus en lumière à quel point sa perspective nationaliste est aux antipodes des intérêts de la classe ouvrière.
Mélenchon légitime ainsi la propagande raciste débridée du Front national de Marine Le Pen, seul à prospérer sur ce champ de ruines idéologique, y compris parmi des couches significatives d’ouvriers arriérés. Après l’attentat de Nice et la surenchère sécuritaire de la droite, le très gouvernemental le Monde (20 juillet) se met ouvertement à spéculer sur le moment où vont commencer les pogromes et meurtres racistes par des fascistes contre la population originaire du Maghreb et/ou soupçonnée d’être musulmane.
La régression générale du niveau de conscience des travailleurs n’est pas quelque chose d’épisodique, qui pourrait être surmonté simplement par une lutte économique un peu radicale, du genre El Khomri plus, comme l’imagine Lutte ouvrière. Elle résulte de trente ans de défaites quasi ininterrompues, et surtout de la destruction de l’Union soviétique il y a 25 ans, une immense défaite pour les travailleurs du monde entier. Nos opposants (LO, LCNPA, lambertistes…), qui avaient tous pris part d’une façon ou d’une autre à cette catastrophe en soutenant des forces contre-révolutionnaires en Europe de l’Est (Solidarność​…) ou en Union soviétique même, ont aujourd’hui pour toute perspective de gommer les aspects les plus horribles du capitalisme ; au mieux ils envisagent de revenir à l’« Etat-providence » des années 1980.
Les jeunes générations ont aussi été toutes ces années éduquées dans l’idée qu’il est impossible de concevoir une société totalement débarrassée des mécanismes de l’exploitation capitaliste. Mais l’URSS, issue de la première révolution prolétarienne victorieuse, avait justement représenté un premier pas dans cette direction. Elle avait montré qu’il est possible de lutter pour une société socialiste égalitaire mondiale où la hausse de la productivité permettra de produire en abondance, de sorte que disparaîtra la base matérielle de la lutte entre les individus pour s’approprier des ressources insuffisantes pour satisfaire tout le monde. Tout le contraire des écolos, mélenchonistes, noctambules debout et autres réactionnaires, au sens idéologique, qui prêchent l’inévitabilité d’une société de pénurie et se creusent désespérément le ciboulot pour imaginer des moyens pour qu’il n’en résulte pas les inévitables horreurs du capitalisme.
Notre tâche est de lutter pour réimplanter le marxisme révolutionnaire parmi les éléments les plus avancés de la classe ouvrière et de la jeunesse radicalisée. Nous sommes bien conscients qu’il faudra des luttes bien plus profondes de la classe ouvrière pour que les masses se saisissent de cette perspective ; surtout, il faudra pour cela un noyau de cadres bolchéviques pour la présenter et pour lutter pour elle contre les réformistes. Ce sont ces cadres que nous cherchons à gagner aujourd’hui parmi ceux qui veulent tirer les leçons de la défaite de la lutte contre la loi El Khomri. Nous luttons pour reforger la Quatrième Internationale fondée par Léon Trotsky.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/217/elkhomri.html
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FXCM - LE CALENDRIER ECONOMIQUE

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